temoignage

Temoignage d’une personne qui aime l’Afrique.

Pourquoi je suis si bien en Afrique

 

À deux mois jour pour jour (déjà!) du retour, je pense avoir trouvé un-semblant-de-début-d’amorce de réponse à la sempiternelle question: « Qu’est-ce qui t’attire tant en Afrique? »

Je pense qu’au fond, ce que j’apprécie au plus haut point de mes séjours sur le continent de Mandela et de Sankara, c’est « l’obligation » d’être différente de la moyenne.

Je m’explique. Depuis longtemps, je ne me sens pas du tout à l’aise dans la culture «consommation à tout prix / culte de l’apparence / primauté des moyens financiers » qui domine dans ma par ailleurs adorée province, le Québec (et par extension le Canada, les États-Unis et certaines contrées européennes). Je dirais même que je me donne pas mal de trouble pour aller à contre-courant : j’ai choisi mon métier par passion et vraiment pas pour le chèque de paie, je m’habille joyeusement dans les friperies et non dans les boutiques à la mode, je dépense tous les sous que j’accumule dans des voyages et des sorties exotiques avec les gens que j’aime, pas dans un REER (même si j’en ai un tout petit!) ou un condo, je vis dans le même petit 3 et demi un peu broche à foin depuis 8 ans… J’aime beaucoup la vie que je mène, mais pas le fait de souvent devoir justifier mes choix quelque peu « marginaux » selon les standards actuels.

Ce qui m’amène au sujet de ce billet : par la force des choses, en Afrique, je n’ai pas d’autres choix que d’être différente! Blanche, Occidentale, Canadienne, Québécoise, touriste, journaliste, émancipée, indépendante… Autant de traits de ma personne qui détonnent dans le paysage, mais qui en même temps me permettent d’être fondamentalement moi-même, parce que tenter de ressembler à la majorité locale est peine perdue dès le départ!

Et à Ouaga, je suis gâtée, parce que les Burkinabè sont des modèles de respect des différences. Personne ne me reproche mes actes ou mes opinions, ils cherchent seulement à comprendre… Quitte à renoncer si ce que je raconte sonne trop invraisemblable à leurs oreilles! « De toute façon, chez vous les Nassaras (Blancs), c’est pas comme au Burkina! » Un sésame qui me permet une franchise et une authenticité parfois lourde à assumer à la maison!

D’un autre côté, ces différences me font ressentir l’envie de m’intégrer un tant soit peu, surtout quand il s’agit choses simples à adapter et qui font tellement plaisir à ma société d’accueil : la coiffure et l’habillement. Le plaisir que je lis dans les yeux de mes collègues et des gens dans la rue quand ils découvrent que j’ai souffert durant des heures pour me faire tresser à l’africaine ou que je me suis donné la peine de me faire coudre des habits en pagne coloré, ça vaut de l’or! Et que dire du chandail des Étalons acheté pour les demies-finales et les finales de la Coupe d’Afrique des Nations; certains m’auraient nationalisée sur place!

Il y a aussi certaines ressemblances intrinsèques qui ressortent, même si leurs motifs ne sont pas les mêmes : les Burkinabès que je fréquente ne sont pas des consommateurs effrénés (ils n’en ont pas les moyens!), n’ont pas de modèle esthétique unique (logique, avec une soixantaine de peuples qui cohabitent sur le territoire) et sont très portés sur le partage (surtout alimentaire!).

En définitive, quand je vis en Afrique, je touche un peu au proverbial « meilleur des deux mondes » : je suis autant appréciée pour mes différences que pour les ressemblances que j’ai ou que je me crée, par choix, avec ceux qui m’entourent.

 

Benoite du Canada

 

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