Le mur Vert

En Afrique, un « mur vert » pour contrer le désert

 

De Dakar à Djibouti, la Grande Muraille verte vise à investir des zones arides du Sahel, pour sauver les richesses naturelles et humaines menacées par la sécheresse. Un projet ambitieux, multidisciplinaire et panafricain, qui n’en est qu’à ses débuts. Récit.

 

 

Un mur d’arbres traversant tout le désert africain, d’est en ouest, sur 7 000 km de long : voilà l’image que les politiques avaient en tête au départ. Un peu à la manière du « Barrage vert » en Algérie, qui visait vers la fin des années 1960 à renouveler le patrimoine forestier du sud du pays. Mais le projet a bien évolué.

« On ne peut pas imaginer sérieusement de planter une ligne d’arbres sur 7 000 km, c’est irréaliste », explique Deborah Goffner, directrice de recherche en biologie végétale au CNRS et partenaire de la Grande Muraille verte. Contre la désertification, le reboisement ne suffit pas.

Un homme marche dans la région de Kiffa en Mauritanie, dans une zone désertique reboisée depuis peu et où les dunes signalent l’avancée du désert. Cette région désertique de l’Assaba, appelée « triangle de la pauvreté », constitue une zone de front dans la lutte contre la désertification et la déforestation. (Photo : AFP)

En réalité, la Muraille verte ressemble plus à une multitude de taches vertes, une mosaïque d’initiatives pour lutter contre l’avancée du désert. Ce qui passe par le développement économique des communautés locales, l’accès aux services sociaux de base, la lutte contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire… Bref, il est question « de toujours lier l’homme et son environnement, pour améliorer le bien-être global. La participation des populations est essentielle », ajoute la chercheuse, qui dirige le projet Future Sahel et ambitionne de récolter et de fournir un maximum de connaissances théoriques et pratiques sur cette immense région.

 

 

Sahel vert

 

Le Sahel, c’est cette bande de l’Afrique qui fait office de transition végétale et climatique entre le désert du Sahara au nord et les savanes du sud, où les pluies sont plus importantes. Il s’étend sur une dizaine de pays, dont les principaux sont le Sénégal, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Soudan.

 

Cette transition du nord au sud n’est pas nette : la pluviométrie diminue d’un millimètre par kilomètre, à mesure que l’on s’approche du Sahara. En revanche, chose surprenante, la faune et la flore varient très peu d’est en ouest, malgré la vaste étendue du Sahel.

 

 

La zone du Sahel s’étend sur une dizaine de pays. Une vingtaine participe au projet de Grande Muraille verte. (Infographie : Ouest-France)

Autre point commun entre tous ces pays : le Sahel est la région par excellence du nomadisme et du pastoralisme. Toute agriculture basée sur la pluie est risquée et peu productive, la saison sèche durant une grande partie de l’année. Plus au sud, les pluies estivales régulières arrosent des territoires où poussent des céréales comme le sorgho ou le millet. Deborah Goffner détaille : « Au Sahel, le climat, le relief et les sols sont d’une grande hétérogénéité. Le critère pour faire partie de la Grande Muraille verte, c’est une pluviométrie de moins de 400 mm d’eau par an. »

 

Ce qui donne une ligne verte qui serpente entre onze pays, comme autant de zones d’interventions possibles pour créer des enclos, des jardins communaux polyvalents, des réserves de faune… Certains endroits sont privilégiés, d’autres sont abandonnés. « Dans les zones où il n’y a personne, il ne se passera rien ! » Exit donc, l’image du mur vert infranchissable qui traverse l’Afrique.

 

Une priorité ou un luxe

 

Comment coordonner un projet sur cette étendue interminable, qui recouvre des pays si variés ? « En fonction du climat socio-économique, la Muraille verte est soit une priorité, soit un luxe », souligne Deborah Goffner.

 

Au Mali ou au Tchad, par exemple, les gouvernements ont d’autres chats à fouetter, les rapports avec les populations nomades n’étant pas toujours au beau fixe. « Pour l’instant, on travaille beaucoup avec le Sénégal. » Ce pays a en effet pris de l’avance en 2007, lorsque l’ancien président Abdoulaye Wade a décidé d’y mettre les moyens.

 

« C’est d’abord un projet politique, très descendant. Chaque pays a son agence nationale pour la Grande Muraille, qui a plus ou moins de financement. » Le travail de Deborah : mettre le plus de monde possible autour de la table, des décideurs, des populations locales, du secteur privé, des associations de défense de l’environnement… et voir ce qui peut aboutir. Ou pas.

 

 

Dans le village de Thiokhmar, au Sénégal, les habitants sont parvenus à stopper l’avancée du désert en plantant trois hectares d’arbres. (Photo : AFP)

« Les journalistes me demandent souvent à quelle date on aura terminé, à quelle échelle se déroule le projet. C’est impossible de le dire ! Les Sénégalais sont des pionniers, les autres pays viennent voir ce qui se passe. On espère que ça fera tache d’huile. Mais il n’y a pas de date de fin. » Dans un contexte d’émergence de l’alliance africaine, avec ses ratés – un peu à l’image de l’Union européenne, par ailleurs – et alors que les financements pour les projets écologiques sont disparates, la Grande Muraille verte ressemble davantage à une clôture verte discontinue. Mais elle a le mérite d’améliorer le quotidien de nombreuses populations qui vivent au Sahel.

 

 

 

 

 

 

 

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