La noix de Kola

La Noix de Kola

La noix de kola ou cola est le fruit de Kolatier, un arbre de la famille des sterculiacées cultivé principalement en Afrique occidentale. Scientifiquement la kola est très riche en alcaloïdes, et présente également des traces de théobromine. De goût amer, la kola est surtout prisée pour ses vertus énergisantes, thérapeutiques et spirituelles. Consommée fraiche et débarrassés de ses téguments pulpeux, elle est longuement mâchées en bouche comme un chewing gum ou elle développe d’abord une saveur astringente et amère puis sucrée. Le terme de kola a été emprunté à un dialecte d’Afrique de l’ouest de Temnè plus spécifiquement en Sierra Leone, et au Liberia ou la noix de kola se dit kla gola ou kola.

Originaire de la foret tropicale de l’Afrique occidentale et centrale, la kola est appréciée depuis très longtemps par les populations locales pour ses vertus stimulantes, tenant à sa forte teneur en caféine de 1 à 4 %.Consommée fraiche et débarrassés de ses téguments pulpeux, elle est longuement mâchées en bouche ou elle développe d’abord une saveur astringente et amère puis sucrée. Produite dans les forêts tropicales s’étendant de la Guinée-Bissau au Ghana, elle est exportée vers le nord depuis des siècles, par des caravanes de porteurs, jusque dans la région de la savane saoudienne occidentale.

 

Rhapsodie du commerce à distance du kola

La noix de kola est consommée depuis au moins un millénaire dans la région géographique du soudan occidental et au moins depuis 500 ans dans le soudan central. C’était une marchandise importante, en particulier dans le monde musulman ou l’alcool est interdit. La kola du genre « nitida » produite dans les forêts tropicales de l’Afrique occidentale était expédiée par caravane de porteurs et d’ânes au nord, vers les marchés de la savane soudanienne occidentale. Par contre la noix de cola « acuminata », originaire des forêts tropicales du centre était consommée sur place. Vers le XIXe siècle, le fleuve volta délimitait ces deux zones : à l’ouest croissait la kola nitida, à l’est la kola acuminita. Le commerce se faisait sur une longue distance et partait donc du sud du Ghana, de la Cote d’ivoire, du Liberia, de la sierra Léone et de la guinée Bissau.

 

Au XIVème siècle, la poudre de kola fit l’objet d’un important commerce. Les voyageurs l’échangeaient même contre la poussière d’or avant d’entreprendre la traversée du Sahara. Cela leur permettait de mieux tolérer la fatigue, la faim et la soif durant le long voyage. Le Kolatier a été emporté aux Antilles et en Amérique par les esclaves africains. Ces derniers les mâchaient pour augmenter leurs forces et fournir ainsi un meilleur rendement dans les plantations. La kola est devenue célèbre en Amérique, grâce à un produit qui contenait les extraits de noix de Kola : le Coca Cola. Riche en methylxanthines notamment la caféine, la noix de kola est utilisée par l’industrie pharmaceutique pour la fabrication des médicaments contre l’apnée des enfants prématurés, les maladies pulmonaires obstructives, chroniques et l’asthme.

Dans son journal d’un voyage à Tombouctou René caillé offre un témoignage vivant de l’importance des noix de cola tant dans le commerce nord-sud que dans les échanges sociaux. Il nous fait savoir que dans un village Madingue de musulmans, il observe que les habitants se bornent entièrement au commerce, il vont à quelques journées dans le sud ,acheter des noix de cola, qu’ils portent à Djenné dans le delta intérieur du Niger, actuel mali et qu’ils échangent pour du sel. A Tiémé, René Caillé observe une caravane de porteurs de cola se rendant à Djenné, les voyageurs étaient au nombre de 15 à 20, hommes et femmes emportant chacun sur la tête une charge de 3500 colas, ils apportent en retour du sel en brique et en planche. Le produit en sel de 3500 colas était le prix de deux esclaves. Le 10 janvier il s’est mis dans le convoi d’une caravane. A travers cette observation participante il décrit : « Les femmes, avec une lourde charge de kola sur la tête, prirent le devant, elles furent suivies par les hommes également chargés, ils avaient chacun une sonnette à la ceinture….cet attirail produit un tintamarre étourdissant qui leur plait beaucoup. Ils étaient tous armés d’arcs et de flèches : ils marchaient en file comme à la procession, les chefs et les propriétaires des marchandises fermaient la marche en conduisant les ânes » (Journal Vol2, p.63-64). Dans cet ordre de description, Monteil nous fait savoir également qu’il est rentré en contacte avec une caravane haoussa se rendant à Kano en 1891. Il dit aussi « En tête quelques chameaux qui portent quatre charges de kola, puis des femmes lourdement chargées des ustensiles de cuisine, derrière les porteurs avec une lourde charge de kola et les ânes, bœufs, mulets et chevaux eux aussi très chargés ». René Caillé précisa dans son récit : « Chaque année une vingtaine de caravanes vont chercher des noix de kola au pays ashanti pour les rapporter au marché de Kano. »

 

La professeure d’Histoire de l’Afrique contemporaine à l’Université Paris-7 Denis Diderot et membre du laboratoire SEDET (Société en développement. Etudes transdisciplinaires) Odile Goerg à partir des statistiques commerciales, nous donnes une idée de l’affluence sur les pistes caravanières de Guinée. D’après ses statistiques, de mars à septembre, une moyenne mensuelle de 126 chefs de caravane accompagnées de plus de 400 porteurs et 90 ânes fut enregistrée à Beyla dans (l’actuelle Guinée), chef du Sud soudan. Goerg ajouta que plus 3500 porteurs et commerçants transportaient vers le Sud du sel et des tissus et vers le Nord des noix de kola. En fonction des statistiques il a indiqué que des marchands musulmans de l’empire du Mali, des mandés nommés Dioula monopolisèrent la distribution.

La noix de kola se payait à un prix élevé et c’est principalement les aristocrates du califat de Sokoto et de Borno qui pouvaient se l’offrir. Offrir une noix de kola appelé goro en haoussa était une marque d’amitié. Elles étaient aussi consommées dans toutes les cérémonies importantes de cette société musulmane.

Exporté au Maroc des le XIIIe siècle, l’historien arabe Shihab al- Umari dans les années 1300 – 1349 indique que les kolas sont « acres désagréables aux gouts et les noirs seul les mangent ». A partir du XVI siècle les noix de kola furent incorporées dans la matière médicale islamique et furent importées à ce titre en petite quantité.

En 1460 les marins Portugais prirent connaissance de la kola quand ils abordèrent au Sierra Leone. Comme ils étaient fortement impliqués dans le commerce côtier ils en ont sans doute transporté vers la Gambie et Sénégal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les propriétés stimulantes et aphrodisiaques du kola

Il existe plusieurs variétés de kola : la rouge, la blanche et celle de petite forme dénommée « le petit kola ». Cette dernière réputée pour ses vertus aphrodisiaques est majoritairement consommée par les hommes. Dans cette perspective un conducteur de taxi moto se prononce : « Quand je bois du sodabi contenant la décoction du petit kola, ça augmente ma virilité et je fais bien l’amour à ma femme ». Un second conducteur de taxi moto renchérit : « la consommation du petit kola était destinée aux vieux dont la virilité était faible, de nos jours ce n’est plus destiné uniquement qu’aux vieux même les jeunes en consomment pour accroitre leur virilité afin de bien faire l’amour aux jeunes filles ». D’autres hommes consomme de la kola pas pour leur virilité mais pour lutter contre le sommeil. Pour illustrer ce propos un conducteur de gros camion déclare : « Afin d’éviter de somnoler sur le volant la nuit, je mâche la kola et elle me permet d’être vigilant. Elle me maintien en forme et je suis bien éveillé ».

Dans certaines circonstances, la kola est mâchée pour atténuer les effets de la boisson locale comme le « tchapa », le « tchouk », disons que c’est un dessoulant. Dans cette perspective un jeune moba fait remarquer : « le jour du marché quand je bois du tchapa en quantité, je paie de la kola pour 25 FCFA que je mastique correctement. Ça me permet de me dessouler et de continuer par boire ».

Symbole de bienveillance, elle tient aussi une place importante dans les us et coutumes de la société.

 

 

Les mœurs du kola en Afrique

On ne peut jamais parler de la kola en Afrique occidentale et passer sous silence de cette expression par excellence qui se rapporte à la tradition « donner la kola ». Cette expression apparaît surtout lors de la compensation matrimoniale ou le jeune marié offre révérencieusement des kolas dans une calebasse à sa belle-famille. De même, lors de la cérémonie de deuil chez les kotokoli musulmans, on donne de la kola aux alphas après la prière. En milieu moba, à la naissance d’un nouveau-né, pour inviter quelqu’un aux cérémonies de sorties du bébé, on donne ou on lui envoi comme carte d’invitation deux noix de kolas. Il est à noter qu’en Afrique noire, dans toutes les cérémonies en milieu musulmans on a de la kola.

 

 

Kola comme remède :

La kola possède des vertus thérapeutiques. Elle est utilisée surtout par les tradi thérapeutes comme en témoigne cette vieille de 68 ans : « pour les maux de mes genoux, un trad ithérapeute m’a conseillé de me réveiller très tôt le matin, sans manger le cuir dent sans parler à quelqu’un, de mâcher la kola blanche et de la cracher sur mes genoux. De passer ma salive mélangée de débris de kola et de jeux de kola comme pommade, des genoux vers le pied. De faire ce rituel thérapeutique pendant 7 jours ».

Afin de lutter contre certaines maladies infectieuses comme le « zona », on mâche la kola blanche et on la passe sur la partie infectée. Selon certains enquêtés : « la kola blanche est un remède efficace contre l’angine, quand on a des plaies dans le ventre, il faut en mâcher tout en avalant le jus amère. Disons qu’elle contient de l’antibiotique ». « Je me rappelle quand j’étais petite, j’aidais ma mère à préparer la boisson locale communément appelée Tchouk. Un jour, par inadvertance la boisson chaude s’est versée sur mon bras droit et m’a brûlé à tel point que cette brûlure s’est transformée en une si grande plaie. Ma mère a payé du lait de vache chez les Haoussa et a mélangé ce lait à quelques kolas blanches écrasées. Elle a passé cette mixture sur la partie de mon bras brûlé. La partie brulée s’est vite cicatrisée ». a confié une revendeuse de Tchouk.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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