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Stratégie américaine en Afrique : les risques et contradictions du light footprint

Cette étude présente une analyse de la stratégie américaine en Afrique et de ses priorités, en particulier la lutte contre le terrorisme. À partir de contributions d’universitaires, experts et opérationnels français et américains, elle analyse les acteurs, processus et modalités de la présence militaire américaine en Afrique. Elle s’intéresse en particulier aux caractéristiques et aux coûts de l’approche indirecte privilégiée par les États-Unis. Le continent africain constitue en effet le laboratoire d’un aspect déterminant de la réorientation stratégique engagée par le président Barack Obama à travers le concept d’empreinte légère (light footprint). Plus récemment, il a même été érigé en modèle de la lutte contre-terroriste et source d’inspiration pour d’autres régions, notamment le Moyen-Orient. Enfin, la coopération franco-américaine resserrée et inédite dans certaines régions africaines justifie également que l’on étudie la stratégie américaine en Afrique, son évolution récente, sa mise en œuvre et le bilan que l’on peut en tirer.

 

Les dogmes de la stratégie américaine en Afrique, sont constants depuis le début des années 2000, voire les années 1990 :

 

- l’Afrique n’est pas une priorité stratégique ;

- l’empreinte au sol doit rester minimale (d’où le rôle des forces spéciales) ;

- pas d’engagement direct pour les militaires américains, ou alors secret ;

- leadership en retrait et intervention par partenaire interposé ;

- même dans ce dernier cas, les États-Unis ne doivent pas apparaître comme un cobelligérant ;

- sur le long terme, le mot d’ordre est « solutions africaines aux problèmes africains ».

 

Les priorités américaines sont logiquement la protection des personnels et intérêts américains sur place, puis par ordre décroissant en termes régionaux, l’Est de l’Afrique, suivi par le Nord et le Sahel, enfin le reste du continent et les littoraux.

 

Les principales conclusions de l’étude illustrent les risques du light footprint, en particulier celui de traiter les symptômes et non les causes en privilégiant l’efficacité à court terme contre les objectifs à long terme, alors même que l’analyse de la menace s’est considérablement affinée du côté des militaires américains où l’on a beaucoup appris des expériences d’Irak et d’Afghanistan. L’une des problématiques essentielles de cette étude réside dans le dilemme, qui n’est pas propre aux États-Unis d’ailleurs, entre les intérêts à court terme de la lutte contre-terroriste et les intérêts à long terme – soit la résolution des causes du terrorisme.

Plusieurs articles s’intéressent aux réactions africaines à la politique américaine : à partir d’études de cas (Kenya, Éthiopie, Ouganda, Djibouti notamment), ces analyses mettent en évidence les « coûts cachés » du choix de combattre par procuration, en particulier le risque d’instrumentalisation par des pouvoirs locaux aux agendas différents, et la possibilité de conséquences négatives, voire contre-productives, à long terme. Ils illustrent également, dans certains cas, le chemin parcouru en quelques années par certains chefs d’Etat en Afrique, de la réticence à collaborer avec les États-Unis à l’enthousiasme, voire à la volonté d’une collaboration plus étroite encore. Enfin, l’étude explore à travers plusieurs exemples un autre aspect du light footprint, l’approche par les partenariats, ouvrant des pistes encore inexploitées de collaborations possibles.

 

 

Les modalités d’interventions en Afrique : qu’est-ce que le light footprint ?

 

Light footprint et forces spéciales, le laboratoire africain

Le light footprint repose en priorité sur l’emploi de forces spéciales américaines ainsi que de brigades spécialisées par région, et surtout sur la coopération (formation, entraînements conjoints) entre les militaires américains et les forces armées locales, qui doivent à terme prendre en charge l’essentiel du travail (les fameuses « solutions africaines aux problèmes africains »).

SOCOM, le commandement américain des forces spéciales, a été protégé des coupes qui frappent le budget américain de la défense, alors même que le commandement avait déjà vu son budget quintupler sur la décennie 2000. Ces dernières années ont vu notamment SOCOM prendre une importance croissante en tant que planificateur et acteur principal de la coopération de sécurité au Pentagone, en particulier l’ensemble des programmes de formation et entraînement des armées partenaires. L’amiral McRaven, commandant de SOCOM de 2011 à 2014, a joué un rôle majeur dans cette évolution. Aujourd’hui, les effectifs des forces spéciales américaines atteignent près de 70 000 hommes (moins de 5% forces militaires totales américaines) pour un budget en 2012 de 10,5 milliards (1,4% du total budget défense). Parmi les forces de SOCOM, 45% viennent de l’armée de Terre, 28% de l’Air Force, et 14% de la Navy.

Les forces spéciales américaines ont deux emplois majeurs : la « chasse à l’homme » (au terroriste – « contreterrorisme manhunting capability »), et la formation-coopération, c’est-à-dire le travail avec et aux côtés des forces armées locales pour combattre les terroristes, insurgés et autres réseaux criminels transnationaux à travers toute une série de programmes et d’actions de défense et de formation, mais aussi de programmes civils dans les domaines les plus variés. On évoque pour simplifier deux approches : une approche directe de court terme, et une approche indirecte de long terme, la première étant nécessaire pour permettre la mise en place et surtout le bon fonctionnement de la seconde, elle-même indispensable pour apporter des solutions durables aux

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