Carlos

Depuis 2014, le programme Housing First propose aux sans-abri des studios à loyer modéré. Rencontre avec Carlos, un bénéficiaire.

"Le fait de m’avoir trouvé un logement est une bénédiction. Cela m’a sauvé la vie. Dans la rue, c’était l’enfer. Je sombrais dans la folie. Aujourd’hui, je suis heureux comme un ange."

 

Carlos Campo Miranda habite dans l’immense Résidence Pacific, rue Willems à Saint-Josse-ten-Noode. Mais il y a encore un an, cet ancien sans-abri errait dans les rues de Bruxelles. "J’ai vécu 10 ans dans la rue, près de la Porte de Namur à côté d’un marchand de chaussures. Depuis 6 ans, je suis en contact avec l’ASBL Infirmiers de rue dont le but est d’aider les sans-abri à trouver un logement décent via des agences immobilières sociales. L’année passée, ils m’ont proposé ce logement dans lequel je paie un loyer de 419 € par mois charges comprises, sans l’électricité", explique cet homme d’aujourd’hui 51 ans, ancien alcoolique.

 

"Après le décès de ma maman en 2006, j’ai totalement sombré dans l’alcoolisme. J’ai alors perdu tous mes repères et les infirmières de rue sont apparues comme des anges gardiens", explique ce locataire du 10e étage, bénéficiaire du dispositif Housing First mis sur pied en 2014 par la ministre du Logement Céline Fremault (CDH) et qui vise à réinsérer des personnes dans la rue.

 

Ces programmes ont été conçus pour la première fois en Amérique du Nord et constituent une véritable innovation sociale dont Bruxelles s’est inspirée. Concrètement, il s’agit de proposer immédiatement aux sans-abri un appartement à loyer modéré grâce à une procédure accélérée.

 

Une fois en sécurité dans un logement décent, le sans-abri bénéficie d’un accompagnement psychosocial. Il s’agit dans la majorité des cas de problèmes de santé mentale ou encore d’addiction que l’accompagnement social prend en charge afin d’assurer le maintien du bénéficiaire dans le logement. Carlos reçoit ainsi chaque mois la visite de deux infirmières de l’ASBL Infirmiers de rue.

 

Aujourd’hui, Carlos, qui souffre de diabète, a arrêté de boire. "Mais je continue à faire la manche près de Merode pour avoir un petit revenu, continuer à me nourrir et payer mon appartement. J’aime chanter aux passants Ne me quitte pas de Jacques Brel, en souvenir à ma maman disparue, explique-t-il. À la base, Housing First propose des contrats de trois mois renouvelables sous conditions. Mais cela se passe bien pour moi et mon contrat va être renouvelé ce mois-ci."

 

Tous les soirs, lorsqu’il est dans son lit, Carlos prie pour les sans-abri qui traînent dans la rue. "Avec l’arrivée du grand froid, j’ai beaucoup d’empathie pour ces personnes qui sont dans une situation de détresse. J’ai bien connu ça et c’est très dur, explique-t-il. J’aimerais dire aux propriétaires bruxellois qui ont des logements vides de le faire savoir à l’ASBL Infirmiers de rue. Ils seront mis en contact avec les agences immobilières sociales qui mettront ces logements à disposition des sans-abri."

 

 

 

Atteindre 175 bénéficiaires d’ici fin 2017

 

Depuis la mise en place du programme Housing First en 2014, la Région bruxelloise est une des régions européennes connaissant un développement important de ce type d’approche. L’objectif avoué est de proposer chaque année 50 logements supplémentaires en assurant le suivi social que ce type d’approche exige. Ainsi, le projet de budget 2017 de la Cocom prévoit un doublement des moyens consacrés à cette politique afin d’atteindre le nombre de 175 bénéficiaires sortis de rue pour la fin de l’année 2017. Pour ce faire, le budget a triplé entre 2014 et 2017, passant de 430.000 € à 1.230.000 €. "L’évaluation nous apprend que nous avons déjà atteint un taux de stabilisation durable en logement pour 99 % des cas actuellement pris en charge", commente la ministre bruxelloise du logement Céline Fremault (CDH).

 

De manière plus générale, une nouvelle ordonnance relative à l’aide des sans-abri verra le jour en 2017. Cet outil prévoit, outre le programme Housing First, l’instauration de différents dispositifs d’accompagnement vers le logement, le tout coordonné par des assistants sociaux.

 

 

 

"Une issue positive"

Céline Fremault (CDH), Ministre bruxelloise du Logement

 

"La lutte contre le sans-abrisme est au cœur de mes préoccupations. À Bruxelles, pendant trop d’années on a considéré que pour les sans-abri, aucune solution de sortie de rue n’était envisageable. De ce constat s’en suivait un fort accent mis sur les dispositifs d’accueil d’urgence, notamment pendant la période hivernale. Cependant, si l’accueil d’urgence est un outil important d’aide immédiat, il ne constitue en rien une solution sur le long terme de lutte contre le sans-abrisme. C’est pour inverser cette logique que j’ai mis en œuvre des programmes permettant l’accès à un logement stable autonome et durable."

 

 

 

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